dimanche , 20 octobre 2019

L’autodétermination, ce bien précieux

On le sait, le Québec perd le contrôle de ses leviers. Entre les fuites de sièges sociaux (Rona, St-Hubert, Cirque du Soleil), le capitalisme de collusion (Bombardier, SNC Lavalin) et le détournement éhonté de nos leviers les plus précieux (Caisse de dépôt et placement), nous avons l’impression qu’une nouvelle reconquête s’impose.

Le grand économiste britannique John Maynard Keynes appelait de ses vœux, dans les années 1930, l’« autosuffisance nationale » en matière économique. La question du nationalisme économique ne peut plus être pensée dans les mêmes termes qu’au XXe siècle.

À l’époque de la Révolution tranquille, il nous fallait prendre le contrôle de notre économie et pouvoir le faire en Français, ne plus se contenter que d’être un peuple de porteurs d’eau. Il nous fallait aussi construire un État, par nous et pour nous, sachant pertinemment que nous ne pouvions compter sur Ottawa, contrôlé par une autre nation, pour travailler activement à ce que nos intérêts soient adéquatement fixés et défendus. Aujourd’hui, la mondialisation impose de nouvelles contraintes, menaçant la cohésion sociale et accordant un pouvoir disproportionné à des entités privées qui n’ont que le profit pour objectif.

L’historien Maurice Séguin faisait de l’agir collectif  une caractéristique fondamentale pour une véritable nation. L’agir collectif, c’est la prise en charge, par un peuple, de sa politique, de sa culture et de son économie. À l’inverse, la privation de cet « agir par soi » peut se traduire par une « oppression essentielle ».

Cette semaine a été particulièrement chargée à l’Assemblée nationale en cette matière.

La politique, encore et toujours

Mercredi, Radio-Canada a obtenu copie d’un mémoire des avocats du gouvernement canadien, déposé de la Cour d’appel du Québec, soutenant que l’indépendance du Québec serait « illégale et inconstitutionnelle » et qu’elle nécessiterait l’approbation des dix provinces canadiennes. Rien que ça!

Il s’agit d’un énième rappel que l’affirmation du Québec ne passera pas par le bon vouloir des Canadians, mais par la rupture vis-à-vis d’eux. « Illégale et inconstitutionnelle »? La signature du Québec, dans leur Constitution, elle est où? Bonne chance pour la trouver.

Photo: Ron Poling La Presse canadienne Le 11 novembre 1981, René Lévesque, alors premier ministre du Québec, brandissait l’accord constitutionnel signé par toutes les provinces canadiennes, sauf le Québec.

Le lendemain, l’Assemblée nationale a fait preuve d’une belle unité en adoptant à l’unanimité une motion réaffirmant le droit des Québécois à l’autodétermination. Partisans du Canada comme de l’indépendance du Québec réitéraient que seuls les Québécois étaient maîtres de leur décision sur la question.

Le même jour, le gouvernement déposait son projet de loi sur la laïcité. Sans surprise, d’importants débats sont à prévoir. En démocratie, ils sont sains, tant et aussi longtemps qu’on les tient de manière raisonnable et responsable.

Justin Trudeau, toujours prompt à rappeler au Québec la taille de sa laisse, « met en garde » le gouvernement de la Coalition Avenir Québec. Celui-ci ne pourra procéder impunément dans le dossier de la laïcité. Après avoir stipulé qu’il faudrait l’approbation de toutes les provinces pour que le Québec devienne indépendant, Ottawa envoyait un message clair : vous ne pouvez faire ce que vous voulez à l’intérieur du Canada, mais on ne vous laissera pour autant agir librement à l’extérieur. Traduction : le Canada est une prison pour les peuples.

Dans la même veine que sa prise de position de jeudi, l’Assemblée nationale devrait adopter une motion réaffirmant que les choix du Québec en matière de signes religieux ne regardent pas Ottawa. Le message envoyé serait ainsi que tous les partis siégeant au Salon bleu, s’ils ne partagent pas la même position sur la question et qu’ils entendent en débattre et faire valoir leurs divergences, sont d’accord sur le fait qu’il s’agit d’une décision devant se prendre entre Québécois. Nul besoin d’être favorable sur le fond de la question pour affirmer haut et fort que les atermoiements de Justin Trudeau ne nous impressionnent pas. Notre démocratie primera toujours sur les avertissements du premier ministre du Canada, que l’on soit d’accord ou non avec les choix du moment.

Cela serait sain, digne, et relèverait d’un grand sens de l’État. L’autodétermination, c’est aussi ça.

Simon-Pierre Savard-Tremblay

Déjeuner des chefs

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